C'est quoi une belle photo ?

Photographie de danse réalisée par le Studio Saana, photographe professionnel à la chapelle sur Erdre près de Nantes.
Photo : Studio Saana.

Voici une question que beaucoup de photographes se sont posée ou se poseront un jour ou l’autre. Il ne s’agit pas là d’avoir la prétention de répondre à cette question, il y a autant de réponses que de photographes, mais de donner un point de vue qui je l’espère permettra à ceux qui se posent cette question d’avoir des pistes de réflexion.

 

Pour savoir si sa photo est réussie, souvent, le photographe la postera sur un forum pour demander des avis. Il obtiendra alors des commentaires comme « règle ta balance des blancs, fait attention à ta composition, tes blancs sont cramés »… Autant de commentaires, certes pertinents, mais pour autant, permettront-ils au final au photographe de faire une belle photo ? Il  y a là un écueil, une photo techniquement réussie n’est pas forcément une belle photo alors qu'une photo avec des imperfections techniques peut-être magnifique.

 

Nous voilà donc avec deux concepts, celui de technicité et celui de beauté. Je pense que la maîtrise de la technicité est indispensable, avant toute chose, il faut savoir se servir de son appareil, le connaître parfaitement, et avoir un niveau technique dépassant le simple triangle de la lumière.  Pour autant, je ne connais aucun photographe, aussi bon soit-il, maîtrisant la globalité de la technique photographique. Il n’est pas un jour où le photographe qui souhaite apprendre n’apprend pas. Le domaine est tellement vaste que chaque réponse ouvre à dix nouvelles questions. Enfin, penser qu’une belle photo est une photo techniquement parfaite revient à afficher dans son salon des photos publicitaires d’objet de grandes marques, souvent très réussies techniquement.

 

Une bonne connaissance de la technique photo est absolument nécessaire pour faire une belle photo, sinon il ne s’agira que d’un coup de chance difficile à reproduire. Pour autant cela, ne s’arrête pas là. L’étape d’après est de faire en sorte que cette technique soit une trousse à outils au service de ce que l’on souhaite exprimer. Un sculpteur maîtrise une quantité d’outils, pour autant il ne se servira pas de tous pour faire sa sculpture. Pire encore il détournera parfois l’utilisation de certains outils pour arriver à ses fins, il commettra parfois volontairement des erreurs pour mettre en avant un aspect de sa sculpture.

 

Il doit en être de même pour le photographe. Votre photo doit être finie avant même d’appuyer sur le déclencheur. Appuyer sur le déclencheur revient à sauvegarder votre travail. Vous devez réfléchir en amont à ce que vous voulez exprimer et ensuite, grâce aux outils que vous avez à votre disposition, réfléchir à ceux que vous allez utiliser pour vous exprimer. Et là vous avez tous les droits, aussi bien utiliser la technique pour faire une photographie très académique que transgresser toutes les règles de manière à servir votre vision des choses. Afin de faire parler la photo. C’est pourquoi, à titre personnel, je me moque qu’une photo ne respecte pas la règle des tiers, qu’elle soit brûlée par endroits, qu’elle soit atypique dans ses réglages. Ce qui va compter, c’est la première émotion que je vais ressentir et le message que le photographe a voulu me délivrer. Et pour que je ressente quelque chose, il faut que la technique soit suffisamment maîtrisée pour ne pas gêner ma lecture. Partant de là il n’y a pas de limites. A titre personnel, j’aime « jouer avec le feu » et parfois cramer quelques blancs pour l’effet de lumière que cela apporte. De même dans mes noirs et blancs, je me moque de sur-ex où sous-ex des parties de la photo dont les détails ne vont rien apporter à l’image que je souhaite transmettre sans en gêner la lecture.

 

Pour exemple, imaginez la photo d’un bel endroit de verdure au milieu d’une très grande ville. Et imaginer que le photographe, alors qu’il a une parfaite lumière pour faire sa photo, monte sa vitesse à 1/4000 et ses ISO à 6400. 99% répondront que c’est une erreur. Techniquement parlant, bien sûr. Mais imaginer à présent que ce photographe en post traitement traite le bruit sur le coin de verdure et laisse le bruit sur la ville de manière à assimiler la nature au calme et à l’absence de bruit et la ville à la laideur et aux bruits. Est-ce toujours une photo loupée ? Où un choix artistique ? Les plus puristes d’entre vous me diront qu’il aurait mieux fait d’ajouter du bruit sur la ville en post traitement, certes, mais ce n’est qu’un exemple.

 

Je dirais donc pour conclure que l’outil technique est absolument nécessaire, il est aussi idiot de vouloir s’en passer que de vouloir devenir tailleur de pierre avec les ongles.

 

Mais il faut aussi savoir s’affranchir des dogmes académiques pour vous exprimer. Une belle photo est une photo qui interpelle celui qui la regarde. Si vous regardez les photos des plus grands photographes, vous verrez qu’elles sont truffées d’erreurs techniques et pourtant magnifiques pour beaucoup. 

 

 

Article : Samuel Tahar R.

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