Faire le choix d'un photographe professionnel pour les événements importants de sa vie, pour son entreprise ou pour mettre en valeur un produit : une évidence !

J’entends souvent autour de moi deux remarques :

 

La première vient du grand public : pourquoi prendre un photographe professionnel, quand pour le coût de ses prestations, on peut acheter un appareil photo et tout faire soi-même ?

 

La seconde des professionnels : L’avènement des appareils photos numériques et des smartphones a tué notre profession.

 

Je vais tâcher de répondre à la première question et d’expliquer pourquoi je ne suis absolument pas d’accord avec la seconde affirmation.

 

 

Et pour cela, comme "L'exemple n'est pas le meilleur moyen de convaincre, c'est le seul", pour citer Gandhi, nous allons partir sur le backstage du shooting de Fanny et Quentin qui nous ont fait confiance pour immortaliser la grossesse de Fanny et qui ont eu la gentillesse de nous autoriser à nous servir de ce shooting.

 

Première rencontre :

 

Je rencontre systématiquement mes clients avant toute séance photo. Cela me permet de prendre le temps de leur expliquer comment se déroule une séance, de les conseiller, d’étudier leurs attentes, de parler du lieu où se fera le shooting, des tenues, de peaufiner les détails, d’apprendre à se connaître… Bref, mille choses plus importantes les unes que les autres. Cela me permet également de m’imprégner de leur sensibilité, de leur vision.

 

Premier point : Le photographe professionnel doit prendre le temps de vous écouter et de vous connaître, ce n’est pas un photomaton…

Et ensuite il doit vous conseiller. Fanny ayant de grand cheveux bouclés et Quentin possédant un profil sportif et élancé, j’avais en tête une séance photo très aérienne où le vent serait un acteur important ; Je leur ai donc conseillé la tenue vestimentaire suivante : robe longue avec des voiles pour Fanny et pantalon noir, pied nus et chemise claire pour Quentin, sobre et élégant.

Au terme de cette rencontre qui a durée environ une heure nous avons arrêté une période de 5 jours sur nos agendas respectifs. Une « fenêtre » de tir qu’il me restait à préciser en fonction des conditions météorologiques. Avec une première date au 25 mai.

 

Quelques jours plus tard j’ai fait parvenir à Fanny et Quentin le contrat actant nos engagements respectifs.

 

Le 24 mai j’ai repris contact avec Fanny et Quentin, les conditions prévues pour le soir du 25 étaient :

Heure dorée annoncée pour 21H04 et début de l’heure bleue à 22H14 pour un coucher de soleil à 21H50, soleil très présent, couverture nuageuse à 0%. Vent Est- Ouest, vitesse 19 km/h.

 

Je leur expliquais donc que, contre toute apparence, c’étaient de mauvaises conditions : La plage était orientée Mer à l’Ouest Terre à l’Est, le vent allait donc ramener les voilages vers la mer. L’absence de couverture nuageuse allait donner une lumière et des ombres dures, disgracieuses, et un ciel sans structure, vide, pâle, ne présentant aucun intérêt.

 

Une étude des mêmes conditions le 27 donnaient des heures de shooting équivalentes avec un vent Ouest-Est à 15 km/h, un ciel couvert à 36% en heure dorée et à 45% en heure bleue, 3% de chances de recevoir quelques gouttes. Grande marée descendante qui effacerait les pas sur la plage.

 

En clair, des conditions idéales. Nous sommes donc partis pour une séance au 27.

 

Second point : Le photographe ne doit pas faire ses photos au hasard. Il doit bien entendu faire du repérage ou connaître le lieu où il va faire sa séance mais pas seulement. Pour la construction de mon dossier météo et mes prévisions lumière j’utilise :

 

Weather Pro : pour la météo et le vent

TPE (the photographer's ephemeris) : Pour l’étude topographique du lieu : Dénivelé, angle et orientation des rayons du soleil pendant la séance, etc…

Intellicast : pour l’étude des nuages et de la couverture nuageuse

The golden Hours Calculator : pour l’étude des heures ayant les plus belles lumières de prise de vue.

361 : pour l’étude de l’heure bleue et de sa variation heure/point cardinaux.

Horaire-Marée : pour l’heure et le coef des marées.

 

Et oui, le photographe professionnel est un… Professionnel !

 

Le 25 au matin, j’ai demandé à Fanny et Quentin qu’ils m’envoient une photo des tenues qu’ils comptaient porter. En fonction de ces tenues, j’ai été acheté les voiles présentant une colorimétrie qui se marierait de manière adéquate.

 

Troisième point important : Un photographe professionnel ne doit pas hésiter à investir dans des accessoires pour mettre en valeur votre shooting !

 

Tout le reste de la journée a été consacré à l’élaboration des planches. En, effet, connaissant la couverture nuageuse et la météo que nous allions avoir, la topographie des lieux, le vent et son orientation, l’orientation et l’inclinaison des rayons du soleil, il ne me restait plus qu’à dessiner les scènes que je voulais avoir. J’ai donc fait 20 croquis représentant 20 mises en scène de 20 clichés que je voulais obtenir.

 

Quatrième point : Le photographe professionnel n’improvise pas une séance, il la travaille en amont !

 

Trois heures avant la séance, j’ai préparé tout ce dont j’avais besoin (en double, le photographe professionnel prévoit les imprévus !), j’ai chargé la voiture et me suis rendu un peu en avance sur les lieux de la prise de vue pour parer à toute éventualité.

 

Une fois le shooting réalisé, nous (j’étais accompagné de mon épouse et consoeur de travail) sommes rentrés vers 00H00. Nous avons directement commencé le « déruchage photo » jusqu’à 2 heures du matin.

 

Le lendemain nous y avons encore passé plusieurs heures pour finir complètement le tri des photos le lundi soir.

 

Le reste de la semaine j’ai post-traité les photos jusqu’au vendredi. Soit environ, avec le tri, une 20 aines d’heures de travail post Shooting. En effet, la séance photo n’est pas la fin du travail. Lorsque nous réalisons les photos nous ne sommes qu’à la moitié du travail, les rendre sans prendre le temps de les travailler serait criminel !

Le vendredi j’ai créé la galerie en ligne et mis une version plein format en téléchargement pour que Fanny et Quentin puissent avoir toutes leurs photos.

Le reste de mon travail va à présent consister à les conseiller sur le choix des encres et du papier pour mettre en valeur leurs photographies.

 

Cinquième point : Le photographe professionnel est un expert, il vous accompagne et vous explique les possibilités tout au long du processus créatif et cela va jusqu’à l’impression finale. Une fois que Fanny et Quentin auront fait leur choix je retravaillerai les photos en fonction du profil colorimétrique du média d’impression choisi pour des photos d’une qualité irréprochable, certifiée et numérotée.

 

Ils auront au final plus qu’une photographie, ils auront vécu une expérience photographique d’où résultera une œuvre qui les accompagnera tout au long de leur vie et qui pourra se transmettre à leurs enfants. Et pour cause, je n’utilise que du papier Fine Art PH neutre et des encres pigmentaires pour une tenue des couleurs inaltérables garanties jusqu’à 250 ans (certifié par laboratoire). Il ne s’agit pas d’un tirage internet qui sera jaune dans 5 ans… Là encore, le rôle d’expertise du professionnel est primordial.

 

Parlons à présent d’un sujet qui fâche, le coût. Lorsque le photographe professionnel annonce ses tarifs sans expliquer tout ce que je viens d’expliquer, cela crée en générale une crise d’apoplexie chez le client… Du coup, certains font le choix de ne rien expliquer et de brader leur travail en diminuant le temps consacré et en conséquent la qualité. Grossière erreur car c’est là que le client qui dit « Pourquoi prendre un photographe professionnel quand pour le coût de ses prestations l’on peut acheter un appareil photo et tout faire soi-même. » a raison. Si le photographe professionnel n’offre rien de plus qu’une prise de vue lambda pour faire diminuer la facture il se tire une balle dans le pied, car au final nous n’avons plus besoin de lui !

 

A contrario, un professionnel qui explique sa démarche et qui montre une qualité de photo finale inatteignable par un néophyte justifie de son existence.

 

Alors, combien ça coûte ? C’est bien connu, un artisan ne facture jamais toutes les heures travaillées, car sinon il est évident que personne ne pourrait faire appel à lui.  Sur une séance comme celle-ci il doit y avoir environ 30 à 35 heures de travail + un shooting avec deux photographes et plus de 80 photos au final !  Soit environ une séance à 1500 euros. Toutefois il s’agissait d’une séance XXL (une scéance classique représente en moyenne une vingtaine de photos) avec déplacement au bord de la mer, etc. En fait, le coût va être fonction de ce que le client souhaite et mes tarifs commencent dès 70 euros. La qualité sera toujours la même, je ne rognerai jamais sur ce sujet, ce qui changera en revanche c’est le nombre de photos et le lieu.

 

Revenons à présent à nos deux remarques du départ :

 

« Pourquoi prendre un photographe professionnel quand pour le coût de ses prestations, on peut acheter un appareil photo et tout faire soi-même. »

 

Car le professionnel va vous fournir une véritable expertise sur votre projet. Il va vous accompagner et mettre à votre disposition son temps, son matériel et ses compétences là où un amateur, même éclairé, manquera forcément d’une de ces données.

Si c’est pour un évènement de votre vie, il vous fournira un résultat qui vous suivra et restera même après vous. Si c’est pour mettre en valeur une entreprise ou un produit, le photographe est un investissement : Un produit bien mis en valeur ce sont des ventes qui s’envolent (regardez Apple et le travail visuel qu’il font sur leur produit, je vous assure que cela n’est pas par amour de la photo…)

 

« L’avènement des appareils photos numériques et des smartphones a tué notre profession. »

 

Pas plus que la machine à écrire, puis les ordinateurs, ont tué le métier d’écrivain. C’est à l’artiste de faire la démonstration de son savoir-faire.  C’est sûr que si le professionnel n’apporte rien de plus, alors il se condamne à disparaître. Mais dans ce cas ce n’est pas de la faute du smartphone, mais bien du professionnel qui est en incapacité d’apporter une qualité supérieure à ce que peut faire tout à chacun. L’on peut distribuer 70 millions de machines à écrire, Victor Hugo ne disparaitrait pas pour autant… Il est donc pour moi primordial pour le professionnel de la photographie d’être sur un niveau de qualité le démarquant de ce que l’on peut obtenir simplement et de communiquer sur son travail… Comme le disait Peter Adams : "Un appareil photo n’a jamais fait une grande image, pas plus qu’une machine à écrire n’a jamais fait un grand roman"…

 

 

Samuel Tahar R.